Laurent Wauquiez l’antisocial
Ce lundi 20 juin 2011, l’émission politique « Mots Croisés », animée par l’excellent meneur de débats Yves Calvi, confrontait en première partie d’émission d’une part M. Laurent Wauquiez (UMP), secrétaire d'État aux Affaires européenne et M. Jean-Louis Bourlanges, centriste anonyme et débonnaire n’exerçant aucun mandat électoral et, d’autre part, Mme Élisabeth Guigou (députée PS) et M. Jean-Luc Mélenchon (député européen FDG).
Jean-Luc Mélenchon invité de "Mots Croisés" le... par lepartidegauche
Je pourrais m’attarder, dans ce billet, à accentuer la bonne prestation médiatique des deux protagonistes de gauche qui n’ont pas eu de mal, à force d’arguments et en posant les questions justes, de démontrer l’ineptie du discours de M. Wauquiez, qui se débrouillait pourtant déjà très bien tout seul pour se décrédibiliser et qui n’a pas profité une seule seconde du soutien qu’aurait dû lui apporter la présence (plus physique que morale) d’un monsieur dont nous nous empresserons d’oublier le nom, les allures de notaire de province en fin de repas dominical, le bon sens centriste et les interventions tout bonnement amnésiante (à l’exception du moment où il a abordée l'idée de l'impôt négatif, une idée qui mérite réflexion). Je ne vais donc pas m’attarder sur les participants de gauche, mais plutôt sur ce que je pense, à titre personnel, de la logique libérale de M. Wauquiez.
Travaux forcés
Figurez-vous que cette personne prétend, en sa qualité de… de personne qui n’assume pas de fonction ayant trait, de près ou de loin, au sujet, donc en sa qualité de simple citoyen français, qu’il serait plus sage, plus honnête, plus équitable, plus moral, plus pédagogique, plus juste, plus de droite peut-être aussi, de demander aux personnes inactives bénéficiant des minima sociaux de compenser cette manne financière de 450 euros pour le RSA socle par des travaux d’intérêt général non rémunérés. Oui, des T.I.G., vous savez, c’est la punition infligée aux petits délinquants pour ne pas les envoyer directement en prison. Un kéké qui se fait choper en train de taguer un mur d’usine se ramasse une amende et des heures de T.I.G., c’est pédagogique. C’est également par pure pédagogie que M. Wauquiez souhaite qu’une personne désœuvrée qui pour telle ou telle raison n’a pas accès au travail s’adonne aux joies du travail forcé. Punition ? Que nenni, il s’agit, selon M. Wauquiez, d’accompagner la personne sur le chemin du travail. M. Wauquiez se moque du monde en niant ou en ignorant (ce qui est pire encore) les réalités sociales.
Qui sont ces profiteurs ?
Sa position implique de fait que les personnes inactives bénéficiant du RSA le sont de bon vouloir et qu’elles ne font plus l’effort de chercher un emploi. Il cherche à lutter contre ces personnes qui se complaisent à vivre avec une misère de 450 euros du moment qu’elles ne doivent pas se lever tôt le matin. Existent-elles, ces personnes ? Oui, certainement. Elles se comptent par centaines, tout au plus. À cela, il n’est rien à faire, ou tout du moins, certainement pas de « sévir » en imposant des T.I.G. à tous les allocataires.
Rappelons une chose très importante : les allocataires du RSA socle sont des personnes inactives, qui bénéficient d’une allocation de 450 euros. Les autres allocataires du RSA, ceux qui ont un revenu approchant du SMIC, sont des personnes actives, qui travaillent déjà, certes dans des emplois précaires à temps partiel, mais qui travaillent, et bénéficient du RSA justement pour qu’ils ne soient pas découragés à travailler pour moins cher que ce qu’offrait leur indemnité de chômage. Bref, pour garder un peu de dignité et, bizarrement, pour rester « sur le chemin du travail ».
M. Wauquiez me rappelle étrangement cet autre homme politique, glorifiant la « France qui se lève tôt », sous-entendant que les inactifs le sont par choix, pour faire la grasse matinée. Non, Monsieur, vous n’avez rien compris, si des personnes n’ont pas accès au travail et n’ont d’autres ressources que les allocations, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a plus d’emplois pour eux. Il ne faut pas se leurrer, la majorité de ces personnes n’ont aucune qualification professionnelle et bien un niveau scolaire inférieur au bac. Vous prétendez alors, M. Wauquiez, que vous, vous allez trouver un travail à la mesure de leurs compétences ? Des emplois d’aide à la personne ? Des emplois qui requièrent un minimum de compétence, de formation et surtout de motivation (ne serait-ce qu’une rémunération…), que les allocataires du RSA n’ont certainement pas ? Parlons même seulement des quelques individus qui abusent réellement de notre si bel État providence, l’infime minorité qui est misérable par choix : vous pensez que ces gens non motivés feront du bon boulot ? C’est cela qu’il faut infliger à des seniors qui ont besoin de soins et d’attention ? C’est ce genre de personnes démotivées au possible qui vont tailler les haies municipales ? Faites-moi rire, M. Wauquiez.
Comme le soulignait très justement M. Mélenchon au cours de ce débat, vous allez tenter d’offrir des emplois à des gens qui n’en veulent et qui ne seront pas rémunérés pour cela, au détriment de personnes qui sont formées pour cela et qui souhaitent un salaire en contre-partie. C’est comme la surmultiplication des stages en entreprises à tous les niveaux de l’éducation et de la formation : offrir de la main-d’œuvre gratuite et mal formée qui au final embarrasse l’employeur qui ne sait que faire de ces travailleurs forcés et incompétents.
Les smicards sont de gros jaloux
Le second axe de défense de Laurent Wauquiez part du point de vue qu’il prête aux travailleurs rémunérés au minimum légal. Selon lui, tout smicard respectueux de soi est frustré de savoir que des profiteurs gagnent « presque autant, voire plus » qu’eux en restant à la maison.
Une fois de plus, Wauquiez véhicule la piètre image qu’il a des basses classes sociales en y injectant une dose de mensonge. Premièrement, comme je le disais plus haut, les bénéficiaires inactifs du RSA sont très, très loin de toucher l’équivalent du SMIC. Un travailleur actif bénéficiant du RSA peut quant à lui atteindre une somme s’en rapprochant, certes, mais nous parlons ici d’une personne qui a déjà un emploi et qui ne souhaite certainement pas « travailler plus pour gagner toujours aussi peu ». Il part donc, au mieux, du postulat que les smicards se prêtent à l’amalgame « assistés = profiteurs ». Son remède à ce problème qui n’existe pas, serait de creuser l’écart entre les smicards et les inactifs. Soit. Et comment, je vous prie ? En baissant les revenus des inactifs, évidemment. Oui, c’est bien cela, ces personnes qui vivent majoritairement sous le seuil de pauvreté gagnent encore de trop par rapport aux smicards. M. Wauquiez, vous me faites vomir. Vous qui êtes une personne de bonne éducation, une tête bien faite comme on dit, je ne peux réellement pas croire que l’idée ne vous soit pas venue à l’esprit qu’il était, théoriquement et dans la mesure du possible, peut-être préférable d’augmenter les revenus des smicards pour creuser le fossé ? Si tel n’est pas le cas, vous êtes un idiot, Monsieur. Si c’est le cas, mais que vous feignez d’ignorer cette solution et optez en votre âme et conscience pour celle qui consiste à considérer tout inactif comme un parasite qui ne mérite que de crever la gueule ouverte, vous êtes un monstre. Dans les deux cas, je vous méprise.
Mon vécu
Je constate que M. Wauquiez prête des sentiments bien bas aux smicards. Je suis issu d’une famille passablement modeste. J’ai été élevé dans un quartier défavorisé à fort taux de chômage. Des profiteurs ? Oui, j’en ai connu, certains. Mais ce que je peux vous dire, M. Wauquiez, c’est qu’un travailleur précaire à d’autres chats à fouetter que de lorgner l’assiette vide de l’inactif allocataire. Quand on gagne le minimum vital, on ne se met pas martel en tête parce que « certains » ont trouvé une combine pour vivoter sans rien faire, non. On rêve plutôt de gagner plus, d’avoir la possibilité de voir son salaire augmenter autrement que par indexation, quand l’index n’est pas gelé pour quelques années. Ça leur fera une belle jambe, aux smicards, de savoir que les gens qui étaient seulement un peu plus pauvres qu’eux, vont l’être vraiment plus s’ils n’obtempèrent pas à l’injonction de travail gratuit. Et ces personnes qui vous semblent être des parasites, je peux également vous dire qu’en tant qu’employeur, je n’en voudrais pas, surtout gratuitement, même pour repeindre un mur. Qu’y a-t-il de plus contre-productif qu’une personne ne voulant pas travailler et forcée à le faire gratuitement ? Vous imaginez l’état de mon mur ? Je préfère payer pour un peintre en bâtiment. Paradoxalement, il y en a qui sont au chômage…
Car la morale de ce débat inutile est qu’il reste des millions de chômeurs en France, des travailleurs, même qualifiés, qui ne trouvent pas d’emploi rémunéré. Or, il semble si facile de trouver des « occupations » aux bénéficiaires du RSA. Le fait est que malheureusement, du travail, il y en a bel et bien, et pour tout le monde, mais il n’y a hélas pas assez de gens prêts à leur proposer un salaire.
Conclusion
Enfin, je déplore également l’attitude même de M. Wauquiez, qui n’a dans l’affaire, selon moi, d’autre but que de faire parler de lui et de glaner quelques bulletins de vote antisociaux. Un gouvernement, c’est une équipe. On parle d’équipe gouvernementale. M. Wauquiez en fait partie. Les rôles sont bien distribués au sein de cette équipe. Et pourtant, certains ne se gênent pas pour aller s’occuper des affaires des autres. Qu’est-ce qu’au grand dieu celui qui est chargé des Affaires européennes vient initier un débat national sur une affaire sociale, relevant de la compétence de Mme Roselyne Bachelot chargée des solidarités ou de M. Xavier Bertrand chargé de l’emploi ?
Dans une équipe, lorsque quelqu’un a une idée, qu’elle soit bonne ou mauvaise, il en informe son collègue compétent en la matière. Si l’idée fait son chemin, il peut en être débattu plus largement, publiquement, mais toujours après consultation. Or, M. Wauquiez sort son idée, à peine réfléchie, comme cela, entre la poire et le fromage, au grand dam d’ailleurs, de ces camarades ayant autorité en la matière. À quoi bon, si ce n’est pour se montrer ? M. Wauquiez, de grâce, à la prochaine idée de polémique qui vous passera par la tête, cachez-vous donc.






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« Okay », prononcé sur le ton du personnage de Jacqouille la Fripouille. Premièrement, je n'en vois pas la drôlerie. Deuxièmement, imiter un personnage de film idiot (je veux dire le personnage … enfin le film aussi) n’est pas des plus valorisant. Troisièmement, le film commence à dater et si l’expression n’est pas passée de mode, elle commence a être désuète. Tant mieux !